N'y croyant pas trop au début, la nouvelle a toutefois été confirmée sur bien des blogs, et du coup, aucune hésitation : j'y vais ! Seul bémol, le concert à Paris est prévu un jeudi soir, pas très pratique vu que je travaille... Heureusement, j'ai pu prendre congé jeudi et vendredi, et mon Jules aussi. Et pourtant rien était encore joué... Il restait le problème des places : lors de l'annonce et même les semaines qui suivirent, les billets n'étaient toujours pas en vente, et il y en auraient à peu près 3500. 3500 pour satisfaire tous les fans Européens qui attendent ce concert depuis la nuit des temps, ce n'est pas beaucoup... Moi même j'étais prête à aller jusqu'au Japon pour le voir, alors le voir passer à Paris était presque irréel ! Quoi qu'il en soit, les gens allaient sûrement se jeter sur les places dès qu'elles seraient en vente, donc il fallait réagir vite et surtout être au courant ! Enfin, le site officiel du concert annonce la vente des billets. J'ai raté l'annonce de quelques heures, et la Catégorie 1 n'est déjà plus disponible (bon, de toute façon à plus de 100 € le billet, je ne l'aurais pas pris). J'ai finalement opté pour la catégorie 4, car en comparant les places avec celles que j'aurais eu en catégorie 3, elles n'étaient qu'à quelques sièges d'intervalle, mais 20€ plus cher...

Jeudi 23 juin, jour J ! Nous partons pour Paris, c'est parti pour plus de 5h de route ! Mais le jeu en vaut largement la chandelle... Ralentis par les bouchons du périph', frôlés par des motards fous, perdus dans les travaux du futur tramway, nous arrivons enfin à destination. Nous passons l'après-midi à la cité des sciences qui se trouve à deux pas du Zénith, et vers 18h, nous partons à la recherche d'un casse-croûte pour être prêts à 19h devant le Zénith pour l'ouverture des portes. Le parc de la Villette est un très, très grand parc, surtout lorsqu'on a l'estomac creux et qu'on se rend compte qu'il n'y a pas de quoi manger dans le parc même... Après avoir traversé deux fois le parc et avoir dévoré notre sandwich, donc, nous sommes enfin devant le Zénith ! Il y a beaucoup de monde à l'extérieur, bien que les portes soient déjà ouvertes et qu'il n'y ai pas du tout de file d'attente ; peut-être des gens qui se sont donné rendez-vous là. En tout cas, il y a beaucoup de Japonais et on aperçoit des sacs et des bonnets Totoro un peu partout !

Dans la salle du Zénith, nous sommes rapidement placés par une hôtesse ; nos sièges sont légèrement à droite de la scène, vers le haut de la salle. On a une belle vue sur l'orchestre entier et sur le piano de Joe Hisaishi ! On prend quelques photos de la salle et de la scène vide – eh oui, les appareils photos n'étaient pas interdits pour une fois ! Nous découvrons le programme de la soirée :

Nausicaä

Princesse Mononoké

Le Mécano de la <General> [Mov.1 & 5]

Raging men

Hana-bi

Kids return

Jiang Wen's – Let the Bullets Fly & The Sun Also Rises

Entracte (20 min)

Merry-go-round (Le château ambulant)

Departures

One summer day (Le voyage de Chihiro)

Summer

Vilain (Akunin)

Ponyo sur la falaise

Et enfin, nous voyons entrer les musiciens puis les 250 choristes, rang après rang. Leur nombre est impressionnant, et on ne peut qu'imaginer la richesse du son qui va sortir des enceintes ! Lorsqu'ils sont tous placés, un homme entre sur scène sous les applaudissements du public, sauf que... ce n'est pas Joe Hisaishi ! En fait, il venait juste placer les partitions sur le pupitre du Maître. Mais qu'importe, le public a pris l'habitude de l'applaudir chaleureusement tout au long du concert ! C'est alors que Joe Hisaishi fait son entrée sur scène, suivi de près par un autre homme, qui s'avère être son traducteur. Nous applaudissons à tout rompre ! Les premiers mots qu'il prononce sont les suivants : "Bonjour, mesdames et messieurs, je m'appelle Joe Hisaishi du Japon !" Sa voix est plus grave que je ne l'avais imaginé, et son accent français est plutôt bon ! Suit un flot de paroles en japonais, traduites peu à peu par le traducteur qui, je dois dire, bégayait un peu, mais c'était marrant :-) Il dit sa reconnaissance à la France pour son soutien apporté au Japon, et explique la situation désastreuse dans laquelle son pays se trouve.

Le concert commence alors, et c'est parti pour 2h30 d'extase pure et simple. Dès que résonnent les premières notes de Nausicaä, la magie opère. Un petit bémol : bien après le commencement du morceau, la salle était encore une véritable fourmilière car les gens continuaient à être placés – par retard ou manque d'organisation je ne sais pas. En tout cas le son du Zénith est bon, et l'orchestre est exceptionnel ; j'avais peur que par manque de temps (la tournée de Joe Hisaishi ayant été annoncée à peu près un mois et demi avant le jour J), les morceaux soient joués approximativement, mais il n'en était rien ; au contraire, pas une fausse note, une émotion à couper le souffle et un talent indescriptible ! J'ai remarqué que tous les membres de l'orchestre était assez jeunes comparé à d'autres orchestres : j'ai l'impression que tous les musiciens que je voyais avaient une moyenne d'âge de 25-30 ans. En tout cas, beaucoup de dynamisme, même dans les morceaux les plus complexes, d'ailleurs chapeau aux percussions qui devaient avoir de sacrées partitions par moments ! J'ai vu par après un commentaires sur Internet expliquant que les musiciens avaient répété avec Joe Hisaishi à raison de 6h par jour pendant 3 jours. Apparemment le Maestro avait à cœur que tout le monde arrive à l'heure, et même une demi-heure avant ! Ce que je comprend parfaitement vu le nombre réduit de répétitions.

Le chœur était tout aussi bon et était composé de femmes, d'hommes et d'enfants – ces derniers ayant d'ailleurs fait sensation sur le morceau de Nausicaä, où ils ont repris la petite mélodie également chantée par un enfant sur la bande originale. Lors de la dernière partie du morceau de Mononoke, une soliste de renom, bien que je ne la connaisse pas, est arrivée sur scène pour chanter le thème... en anglais ! Cela m'a un peu surprise, car j'avais toujours entendu tous les morceaux en japonais, mais en même temps, c'était logique : allez faire chanter des français en japonais, langue dans laquelle la moindre petite différence de prononciation peut changer le sens d'un mot du tout au tout ! Joe Hisaishi, de même que tous les japonais présents dans la salle auraient eu du mal à garder leur sérieux je pense... Finalement, je me suis faite à l'anglais, qui a également été utilisé pour Vilain et Ponyo sur la falaise. Dommage pour Ponyo, car ayant écouté la chanson thème maintes fois, je connaissais les paroles en japonais par choeur (phonétiquement bien sûr !). Le choeur était surtout présent au début et à la fin du concert ; en fait ils sont partis vers le milieu du concert, pour revenir au moment de jouer Ponyo.

Je ne vais pas décrire chaque morceau individuellement, car il est très difficile de décrire un tel feu d'artifice de sensations, et la musique parle mieux d'elle-même. Ce que je peux dire, c'est qu'il y a quelques thèmes que je ne connaissais pas du tout, et ce fut une merveilleuse surprise que de les découvrir lors de ce concert. La programmation n'aurait pas pu être mieux faite : c'était une alchimie parfaite entre des morceaux connus et d'autres moins connus, de sorte que nos oreilles ne savaient jamais à quoi s'attendre. Pour la Général, composé pour un film muet, l'orchestre a en fait joué en synchronisation avec un extrait du film, ce qui était vraiment original à voir ! Le film était comique et parlait d'un gars un peu maladroit qui n'aimait que deux choses : sa locomotive et la femme de sa vie. Mais la guerre est déclarée, et il doit partir à contre coeur. S'ensuit des scènes cocasses où sa maladresse permet à l'armée de gagner la guerre et en fait un héros.

Parmi les autres morceaux que je ne connaissais pas, il y a Raging men, au rythme endiablé, Departures, très émouvant, Kid's return, majestueux, et Vilain, qui est la dernière composition en date de Joe Hisaishi. Pour chaque morceau, des extraits du film ou du dessin animé étaient projetés sur l'écran, ce qui permettait de donner plus de contexte pour les morceaux peu connus ou de raviver des souvenirs pour les autres.


Entracte

Et que dire du talent incommensurable de Joe Hisaishi au piano ! Chacun retenait son souffle lorsque le maître s'installait à son piano, et chaque note était un véritable délice pour les oreilles. J'ai eu une agréable surprise lorsqu'il a joué Summer : j'avais toujours entendu une version entièrement jouée au piano, et pour ce concert, il a joué le morceau accompagné de l'orchestre. Cela reflétait vraiment l'arrivée de l'été, en commençant par les pincement de cordes discrets des violons, qui faisait penser à l'ouverture progressive des fleurs et l'arrivée à pas de loup de l'été, puis les tintements des percussions, et tout finissait par prendre de l'ampleur. Il y eu aussi un jeu d'échange entre le piano, les violons et les bois qui jouaient chacun à leur tour. 

Durant le morceau Vilain, des images du tsunami et des dégâts qu'il a occasionné sont passées sur l'écran, agrémentées de petites phrases explicatives, qui nous rappelait le pourquoi de l'existence de ce concert.

Et que d'émotion quand arriva le dernier morceau, Ponyo ! Je crois que le morceau était celui de l'introduction du dessin animé, et les choeurs furent magnifiques. A la fin du morceau, ils ont bien sûr chanté la chanson thème de Ponyo, mais seulement le refrain, ce qui était aussi bien ; les couplets étaient seulement instrumentaux. Joe Hisaishi a même joué un de ces couplets au piano, ce qui était très émouvant, surtout que le générique de fin du concert passait derrière lui à l'écran, résumant les dates de sa tournée. Quand la dernière note eut résonné, nous nous sommes tous levés avec un tonnerre d'applaudissements. Bien sûr, on attendait le rappel...

Après quelques minutes, les applaudissements n'ayant pas faibli, Joe Hisaishi remonta sur scène. Il se mit au piano et là... il joua un de mes morceaux préférés : Ashitaka and San, de Princesse Mononoké. C'était vraiment magnifique !

L'organisation lui a ensuite remis un bouquet de fleurs qu'il est allé déposer en coulisses avant de revenir en courant pour un deuxième rappel ! Aux premières notes, j'ai compris de quoi il s'agissait. Le public du attendre quelques secondes de plus, lorsque la mélodie principale fut jouée au violoncelle, pour comprendre et éclater de joie en criant et en applaudissant à tout rompre ! Il s'agissait bien sûr de Totoro :-) On a bien cru qu'il ne serait pas au programme ! Après de courts mais sonores applaudissements (on était en plein milieu d'un morceau tout de même !), le morceau a continué et les choeurs ont chanté Totoro ! Un petit détail sur le grand écran m'est resté en mémoire : c'est le sourire en coin de la flûtiste lorsque la mélodie principale s'apprêtait à être jouée, et le bonheur qui suivit sur le visage de Joe Hisaishi qui dirigeait avec amusement ce morceau qui a marqué des générations d'enfants – et de grands enfants ! Vers la fin du morceau, petit solo de piano très émouvant, accompagné des images attendrissantes du dessin animé.

Et voilà, cette fois-ci c'est vraiment fini ! Joe Hisaishi part, revient avec la soliste, puis serre la main à plusieurs musiciens avant de repartir une dernière fois, saluant de la main le public en standing ovation ; suivirent tous les musiciens puis les choristes, accompagnés jusqu'au bout par les applaudissements.

Ce fut vraiment un concert exceptionnel, et quelque fois j'ai du mal à me rendre compte que j'y suis vraiment allé. N'ayant été à Paris que deux jours – arrivée jeudi après-midi et départ vendredi à midi – le retour à la normale fut trop rapide ; en rentrant à la maison, c'est comme si nous n'étions jamais partis ! Aujourd'hui, une semaine exactement après le concert, ses mélodies continuent à résonner dans ma tête, et je ne peux plus écouter un morceau de Joe Hisaishi sans avoir les larmes aux yeux. De plus, c'est un peu une page qui se tourne : mon rêve était de voir mes trois compositeurs favoris – Nicola Piovani, John Williams et Joe Hisaishi – en concert, et c'est maintenant chose faite ! Je me demande quel sera mon prochain rêve... Peut-être les revoir encore une fois ? ;-)

Les photos du concert sont visibles ici : Joe Hisaishi

D'autres photos très pro sont disponibles sur la page Facebook du Star Pop Orchestra

N.B. : J'ai fait un résumé des concerts de Nicola Piovani et de John Williams dans des articles précédents.